Italie. Matteo Salvini tente une percée au centre de l'Italie
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    23/01/2020

    Jusqu'en septembre dernier, Matteo Salvini était ministre de l'Intérieur. Son job était d'arrêter les voleurs et de stopper les trafics de drogue. Éjecté du pouvoir en septembre après avoir été à l'initiative d'une crise gouvernementale, il n'est désormais plus que le leader de la Ligue, le parti d'extrême droite. La scène se déroule mardi 21 janvier au soir, dans le quartier populaire de Pilastro à Bologne, à moins d'une semaine des élections régionales de dimanche en Émilie-Romagne. Filmé par les journalistes en bas d'un immeuble, Matteo Salvini sonne à l'interphone de l'appartement occupé par une famille tunisienne. « Bonjour, bonsoir… Vous êtes au premier étage ? Vous pourriez nous faire entrer, s'il vous plaît ?… Oui, chez vous. Parce qu'on nous a signalé quelque chose de désagréable, et nous voudrions que vous le démentiez. Il nous a été dit que de chez vous part le trafic de drogue, ici, dans le quartier… Oui, ce sont des habitants qui nous l'on dit. C'est vrai ou faux ? » s'enquiert-il. Il rit, se retourne vers des habitants : « Et celui-ci, il est tunisien ? » L'affaire est si sérieuse que l'ambassadeur de Tunisie a dû intervenir mercredi pour dénoncer la diffamation commise à l'encontre d'une famille de ressortissants de son pays.

    Qu'à cela ne tienne pour le leader de la Ligue. Celui-ci est à l'œuvre dans l'exercice qui lui plaît et lui réussit le mieux : être en campagne électorale. Depuis quelques mois, Matteo Salvini, qui vient de la région de Milan, arpente les bourgs de l'Émilie-Romagne. Car c'est là que se prépare un tremblement de terre qui pourrait bouleverser la carte électorale italienne. Cette région est rouge, dirigée depuis l'après-guerre par la gauche. Or, pour la première fois, l'extrême droite, alliée à la droite, pourrait s'emparer de cette région du centre de l'Italie
    Dans les sondages, la coalition de centre gauche et celle menée par l'extrême droite sont au coude-à-coude. La première est créditée de 42,5 à 46,5 % d'intentions de vote ; la seconde de 45 à 49 %. Quand on regarde les résultats parti par parti, avec 33 % des voix, la Ligue s'adjuge la première place, devançant de près de 10 points le Parti démocrate (PD, centre gauche). Et quelques listes de gauche sont créditées de 0 à 2 %. Quant à l'élection directe du président de région – qui fait l'objet d'un vote distinct –, l'écart est serré. Le président sortant, Stefano Bonaccini, soutenu notamment par le PD, peut espérer l'emporter avec 2 points d'avance seulement sur sa rivale de la Ligue, Lucia Borgonzoni.

    https://www.humanite.fr/italie-matteo-salvini-tente-une-percee-au-centre-de-litalie-683652

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    23/01/2020

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    Ce n'était pas le cas il y a encore quelques semaines, où la Ligue était donnée gagnante. Peut-être le mouvement des Sardines, ces rassemblements énormes d'antifascistes sur les différentes places de la péninsule, contre la politique de Matteo Salvini, a-t-il eu un effet positif. Encore dimanche dernier, des dizaines de milliers de citoyens se sont massés dans le centre de Bologne, chef-lieu d'Émilie-Romagne, pour dire « non » à l'extrême droite. La vigilance est de mise : un cinquième de l'électorat est indécis.

    Pour Matteo Salvini, ravir à la gauche l'Émilie-Romagne est d'une importance cruciale. Depuis 2013 au gouvernail de la Ligue du Nord, qu'il a renommée « Ligue », il a transformé ce parti qui souhaitait l'indépendance des régions du haut de l'Italie en parti d'extrême droite s'adressant à tous les électeurs de la péninsule, y compris du sud. Cette transformation s'appuie sur un changement de discours, qui placerait les « Italiens d'abord » en affichant une ligne anti-Union européenne (UE) et anti-migrants. Avec cette élection, Matteo Salvini a besoin de montrer au reste des forces de droite, avec laquelle il est allié, qu'il peut l'emporter en dehors de ses zones de force du nord du pays. Cela lui confirmerait son leadership sur le camp conservateur, qui comprend, outre la Ligue, les berlusconiens de Forza Italia, en déclin, et les néofascistes de Frères d'Italie, en plein essor. Si, après l'Ombrie, une autre région rouge passée à l'extrême droite fin octobre, Salvini remporte l'Émilie-Romagne, il peut l'emporter partout.

    De plus, une victoire de la Ligue en Émilie-Romagne entraînerait à coup sûr une crise au sein du Parti démocrate, la seule force politique à résister à l'ascension de Salvini. Car cette région n'est pas n'importe laquelle. Elle est un symbole. Elle a longtemps été réputée imperdable pour la gauche et a, pendant les quarante-cinq années d'après-guerre, été la vitrine de la bonne gestion locale et régionale du Parti communiste italien.

    Nul doute qu'une victoire de la Ligue aurait des répercussions sur le gouvernement formé en septembre par le PD et le Mouvement 5 étoiles pour empêcher l'arrivée aux plus hautes fonctions du leader d'extrême droite. Et ce d'autant plus que le M5S sort affaibli de son passage au gouvernement avec la Ligue à partir de 2018 et avec le PD depuis septembre : il a du mal à recueillir, dans les scrutins locaux plus de 15 % des voix, et n'est crédité, dimanche, que de 5 %… Or, en cas d'élections anticipées, une coalition d'extrême droite et de la droite pourrait l'emporter au niveau national, avec plus de 50 % des voix.

    La progression de la Ligue est dangereuse pour l'unité italienne. Avec l'Émilie-Romagne, elle contrôlerait alors les exécutifs de toutes les régions du nord (à l'exception du Val d'Aoste et du Haut-Adige), qui pèsent plus de la moitié du produit intérieur brut (PIB) italien. Or, la Ligue a toujours eu pour projet égoïste d'en finir avec les transferts financiers de l'État central visant à assurer le développement des régions du sud du pays. Elle pourrait s'appuyer sur son assise locale pour exiger une plus grande décentralisation, plus de pouvoirs aux régions. Cela signifierait la fin de la solidarité nationale.

    La Ligue au pouvoir en Émilie-Romagne serait également dangereuse pour les Émiliens eux-mêmes. Le projet de la Ligue est libéral. Gianluca Vinci, secrétaire régional du parti d'extrême droite, a informé la semaine dernière que le programme en matière de santé avait été rédigé avec les présidents des régions de Lombardie et Vénétie, où ce secteur a été privatisé. Et qu'en Émilie Romagne, l'objectif était de privatiser la moitié du secteur, officiellement afin de pouvoir baisser les impôts. Au plus grand bonheur des intérêts privés.
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    23/01/2020

    Pour le bien des peuples européens du monde libre et civilisé, Salvini doit unir les patriotes et gagner ces élections.

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