Coup d'Etat en Bolivie : « Le scénario était écrit depuis un certain temps »
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    11/11/2019

    Selon Christophe Ventura, directeur de recherche à l'Institut des recherches internationales et stratégiques et spécialiste de l'Amérique latine, la pression des États-Unis provoque une situation chaotique, qualifiée de coup d'État, après la démission d'Evo Morales.

    Quelle est votre première interprétation de la situation en Bolivie ?
    Christophe Ventura : Je pense qu'elle est des plus confuses, assez chaotique. En l'espace de seulement 24 heures, on est passé d'une configuration à une autre, plutôt dangereuse pour le pays. Rappelons qu'Evo Morales était disposé à se conformer aux conclusions de la mission d'observation d'élections de l'Organisation des États américains. Celle-ci avait conclu non pas à une fraude, mais à des irrégularités techniques informatiques, et demandait donc un nouveau processus électoral. Le président avait même parlé d'un nouveau scrutin permettant aux Boliviens de renouveler l'ensemble des autorités institutionnelles avec de nouveaux acteurs politiques. Cela laissait donc ouverte la possibilité qu'il ne se présente pas. Or on est subitement passé à une situation infiniment plus grave, qualifiée par beaucoup de gouvernements de la région de coup d'État. L'armée et la police ont carrément demandé à Morales de ne pas se représenter et de renoncer au pouvoir. Le pays est confronté à tous les scénarios d'embrasement, de violence et d'affrontements…

    L'armée a-t-elle complètement lâché le président ?
    Christophe Ventura Evo Morales semble effectivement lâché par le commandement de l'armée et des forces de police. Il est aujourd'hui à Cochabamba avec ses proches, les mouvements indigènes, etc. Ceux-ci ont-ils encore des soutiens dans l'armée ? Sont-ils en train de les évaluer ?
    Comment expliquez-vous ce positionnement de l'armée, contrairement à ce qui se passe au Venezuela, par exemple ?
    Christophe Ventura C'est assez difficile à analyser. S'agit-il de la position d'une partie de l'état-major bolivien ? Est-ce qu'il existe, dans l'armée, d'autres forces, au niveau des troupes notamment, qui seraient restées fidèles au président ? La question reste ouverte : pourquoi le président Morales est-il confronté à un tel retournement des militaires ? Honnêtement, je n'ai pas beaucoup de réponses. On peut toutefois reprendre l'hypothèse de garanties étrangères données à ces états-majors.

    Les pressions internationales auraient donc précipité ce retournement ?
    Christophe Ventura C'est indéniable. De toute façon, le scénario était écrit depuis un certain temps. Washington a de tout temps souhaité le départ de Morales. Nous sommes en présence de la même logique qu'au Venezuela, à Cuba ou au Nicaragua. Mike Pompeo (secrétaire d'État américain – NDLR) s'est d'ailleurs officiellement félicité des conclusions de l'Organisation des États américains, dont les États-Unis pilotent évidemment l'essentiel des orientations. Oui, on peut affirmer qu'il y a une volonté d'éliminer politiquement Morales.

    https://www.humanite.fr/le-scenario-etait-ecrit-depuis-un-certain-temps-680052

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