Bac 2019 : a-t-on plus de chance de réussir l'examen selon le lieu où l'on vit ?
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    13/06/2019

    Existe-t-il une géographie de la réussite au bac ?

    C'est un fait. On note chaque année depuis trente ans des différences spatiales en matière de réussite au bac. Si l'on s'appuie sur de grands ensembles comme les départements d'Outre-mer et notamment la Guadeloupe, la Martinique et particulièrement Mayotte et la Guyane, les taux de réussite y sont nettement inférieurs à ceux des autres régions françaises. A contrario, en France métropolitaine, on observe que des académies comme Rennes, Nantes ou Versailles enregistrent des taux de réussite au baccalauréat supérieurs à ceux de l'ex-région de Picardie par exemple. A l'échelle des régions, les élèves de Bretagne réussissent globalement mieux les examens que les élèves du reste de la France.

    Quels sont les autres facteurs qui peuvent expliquer ces disparités territoriales ?

    La famille ou l'environnement dans lequel on vit peuvent être déterminants pour augmenter ou réduire les chances d'avoir le bac. Plusieurs études menées par des collègues sociologues montrent en effet l'importance du voisinage, dans la mesure où la population n'est pas répartie de façon homogène dans l'espace français ni même dans l'espace des villes. Par exemple, un enfant de cadres vit dans à un endroit où il a autour de lui des dizaines d'autres enfants de cadres, alors qu'un enfant d'ouvriers vit pour sa part dans un lieu où il a une chance sur 25 ou 30 d'avoir un enfant de cadres parmi ses copains du quartier. Il y a donc une ségrégation sociale qui induit des pratiques, des comportements et des connaissances différentes suivant la famille dans laquelle on naît.

    Dès lors, on sait que lorsque l'on est dans un lycée de centre-ville avec un recrutement social sélectif, qu'il soit public ou privé, on se trouve quotidiennement au contact d'élèves qui réussissent mieux parce qu'ils sont aussi de milieux sociaux plus favorisés. Pour poursuivre dans ce sens, on sait par exemple que lorsque la carte scolaire des lycées de Versailles a été modifiée, il y a des appartements qui ont pris de la valeur parce qu'ils entraient dans le secteur de lycées réputés et d'autres qui ont perdu de la valeur parce qu'ils en sortaient.

    En d'autres termes, la géographie de la réussite au bac est toute relative ?

    Patrice Caro : Disons que la cartographie de la réussite au bac induit une interpénétration de géographie et de sociologie. Et quand on s'intéresse à l'opposition entre quartiers dans certaines communes, il y a ce mélange géographie/sociologie et l'intersection entre les deux, c'est les groupes sociaux qui y habitent.

    Dans certains quartiers, notamment des arrondissements de Marseille (13e, 14e, 15e) ou dans les banlieues au sud et au nord de Paris, comme les grands ensembles de Grigny dans l'Essonne ou de La Courneuve en Seine-Saint-Denis, il y a un public de parents d'élèves prédominant ayant des caractéristiques dégradées en termes de niveaux de diplôme, de chômage, de monoparentalité, de familles nombreuses ou encore d'habitat, avec un phénomène de surpopulation. A l'inverse, quand vous êtes dans les banlieues de Rennes, de Strasbourg ou de Nantes, vous avez là des groupes avec d'autres profils, qui résident dans des zones pavillonnaires, avec un plus haut niveau d'études, des revenus plus importants, moins de monoparentalité mais surtout moins de familles nombreuses.

    Conclusion : si tu traines avec des wesh, tu as 1% de réussir le bac.

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