Un (énième) procès de la Révolution française, par Éric Brunet et Claude Quétel
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    14/05/2019

    Au sein de l'espace médiatique, les éditorialistes et animateurs distribuent la parole et contribuent ainsi à produire les standards de légitimité intellectuelle. Dans l'ensemble, l'opinion des chercheurs universitaires s'y trouve moins souvent sollicitée que celle des chroniqueurs et autres figures d'« experts » médiatiques [3]. De surcroît, les points de vue des uns et des autres tendent à être considérés comme équivalents, ce qui permet régulièrement auxdits chroniqueurs de balayer d'un revers de main les conclusions de travaux universitaires : ainsi lorsqu'un Éric Zemmour ou un Alain Finkielkraut sont jugés légitimes à désavouer le travail historiographique développé par une cohorte d'historiens de métier dans l'Histoire mondiale de la France dirigée par Patrick Boucheron, professeur au Collège de France – « une arme de gros calibre au service de l'historiquement correct » selon Zemmour ; « un bréviaire de la bienséance et de la soumission » d'après Finkielkraut [4]. Il n'en va pas autrement, d'ailleurs, dans le cas de la sociologie, puisque tout chroniqueur de télévision ou de radio s'estime manifestement autorisé à contester en plateau les conclusions empiriques des enquêtes menées depuis trente ans par les Pinçon-Charlot.

    Cette remise à plat de la légitimité intellectuelle s'avère toutefois à géométrie variable : les titres et diplômes universitaires peuvent, en effet, avoir une certaine valeur, mais seulement dans le cas où leur porteur développe une thèse conforme à celle des tenants du pouvoir médiatique. L'entretien d'Éric Brunet et Claude Quétel, le 24 avril sur RMC, en donne une illustration. Charmé d'entendre un discours en tous points semblable à ses représentations contre-révolutionnaires de l'histoire, l'animateur n'a de cesse, au long de cet échange complaisant, de marteler les titres de son invité : ancien directeur de recherches au CNRS, ancien directeur scientifique du Mémorial de Caen, « un historien sérieux » (8'30), « un historien de première catégorie » (21'30) ! Ce même surcroît de légitimité intellectuelle que les grands médias refusent habituellement aux historiens universitaires constitue donc ici, fait exceptionnel, une suprême garantie de sérieux en faveur de la thèse du dernier contempteur de la Révolution [5].

    https://www.acrimed.org/Un-enieme-proces-de-la-Revolution-francaise-par

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